École de Tivaouane : l’enseignement d’un mysticisme à hauteur d’homme

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    Au terme d’études aussi longues que diversifiées, auxquelles s’ajoutent l’étude du « Grand Livre du Monde » dont parle Descartes et ses voyages à la Mecque, en Égypte et en Chine, El Hadj Malick Sy devient un authentique intellectuel apte à accomplir sa mission basée sur le mysticisme. Dans ses écrits, où il énumère les « clés de la maison de Dieu » qui sont, selon lui, « la discrétion, la solitude et la prière », il conseille de « s’éloigner du bavardage inutile et des commérages, d’éviter le mélange avec la foule en se consacrant à l’action créatrice, de se prémunir des tentations maléfiques de Satan en pensant en permanence à Dieu ». Voilà tout le sens de son mysticisme.

    Dans un Sénégal colonisé, où l’on vit une crise morale et sociale, El Hadj Malick Sy se propose, depuis Tivaouane, de rééduquer l’homme et de le remettre sur la voie droite. Déjà, il s’est préparé à cette œuvre d’envergure en mémorisant intégralement le Coran à son jeune âge. Dans sa 30ème année, les sciences ne sont plus un secret pour lui. Il reçoit de son Créateur un grade suprême, enviable et envié, celui de « Pôle de référence de l’époque ». Il lui incombe donc la mission de faire essaimer la Tidianiya vers des zones où l’homme religieux n’est pas le bienvenu pour des autochtones encore peu réceptifs à la Bonne Parole. Il doit les délivrer aussi bien du mal que des forces du mal.

    Alors s’appuie-t-il sur ses « Moukhadams », une élite déjà formée dans ses « daaras » (écoles) de Saint-Louis et Ndiarndé, pour élargir le cercle des fidèles par la construction de mosquées, la multiplication des  centres d’enseignement et le culte du travail licite partout au Sénégal. Hommes de vertu et de foi, ayant le goût du travail bien fait et dotés d’un esprit de méthode, des érudits de la stature de Tafsir Abdou Birane Cissé de Pire, El Hadj Amadou Lamine Diène de Dakar, Serigne Hady Touré de Fass-Touré et El Hadj Rawane Ngom de Mpal utilisent leurs talents de meneurs d’hommes dans un pays où l’on a besoin d’un éveil des consciences.

    Ces « Moukhadams », illustres connaisseurs du droit islamique et du saint Coran, mais aussi grands producteurs, s’emploient, sous Mawdo Malick et Serigne Babacar Sy- le premier Khalife- à véhiculer le message divin et à donner le goût du travail à leurs semblables. Ainsi, Thierno Alioune Kandji (Diourbel), El Hadj Abdou Kane (Kaolack), Serigne Alioune Guèye (Tivaouane), El Hadj Abas Thioub (Bargny), Alassane Mbaye (Diobass), Tamsir Sakho (Rufisque), Serigne Omar Ngaye Ndiaye (Thiès) réussissent-ils à introduire l’Islam, la Tidianiya et le travail licite partout dans le pays.

    Artisans de la large diffusion du « Salatoul fatiha », les « Moukhadams » révèlent El Hadj Malick Sy dont l’œuvre est toujours parcourue sans être épuisée. L’entreprise confiée à ces maîtres de la « tarikha » tidiane par le saint homme de Tivaouane ne finit pas d’étonner au Sénégal et ailleurs où naissent mosquées et « zawiya » d’où fuse toujours la Bonne Parole, celle de Dieu.

    Cheikh Aliou AMATH et Ndiol Maka SECK

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