La semaine où Macky Sall a perdu le Sénégal

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    Le chef de l’État sort considérablement affaibli de son épreuve de force avec la rue et l’opposant Ousmane Sonko.

    Le mouvement de contestation soutenant l’opposant sénégalais Ousmane Sonko a lancé un nouvel appel à des rassemblements ce samedi, après avoir suspendu mardi matin les manifestations qui ont fait trembler pendant dix jours le palais présidentiel, et entraîné la mort d’une dizaine de personnes dont la moyenne d’âge ne dépasse pas 20 ans.

    Pour mémoire, Ousmane Sonko, arrivé troisième à la présidentielle de 2019, avait été arrêté le 3 mars, officiellement pour trouble à l’ordre public, alors qu’il se rendait à une convocation de la justice suite à une plainte pour viol déposée par une employée d’un salon de massage. Très populaire auprès de la jeunesse et de la diaspora, pourfendeur infatigable de la «?corruption?» du personnel politique sénégalais en général et du clan Macky Sall en particulier, le dirigeant des Patriotes du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) peut savourer sa revanche, tant il sort grand vainqueur de son épreuve de force avec le président de la République.

    «?Crypto-islamiste?»

    Libéré sous la pression de la rue, celui qui s’autoproclamait «?opposant numéro 1?» l’est de fait devenu, s’immisçant dans un champ de ruines que Macky Sall a lui-même patiemment fabriqué. En évinçant de manière systématique les ambitieux de son propre gouvernement tout en offrant des postes prestigieux à ses plus féroces adversaires, comme son dauphin à la présidentielle Idrissa Seck, le chef de l’État n’a cessé de faire le vide. Sans oublier de choyer ses alliés de la gauche sénégalaise tiraillés entre les ors du pouvoir et l’inquiétude que provoque le profil populiste, «?crypto-islamiste?», voire même brutal, d’un Ousmane Sonko qui ne cache pas sa volonté, par exemple, de rétablir la peine de mort. Mais l’étoile montante du pays ne manque pas d’habileté?: ses appels au calme lancés le 8 mars dans la foulée de sa libération, et deux heures avant l’intervention télévisée du président de la République, ont démontré la force et l’impact de son verbe sur la rue. Il a rendu d’autant plus creux le discours d’un Macky Sall contraint à multiplier les concessions. Comme celle de décréter «?la fin de l’état de catastrophe sanitaire?» et l’allègement des couvre-feux qui paralysaient partiellement la vie économique de la capitale ou de Thiès, l’une des principales villes du pays.

    Le respect de la Constitution

    Plus significatif encore, Ousmane Sonko s’est résolument placé dans l’optique de la présidentielle 2024, alors que les forces de sécurité au Sénégal, incapables de contenir la colère populaire, craignaient un chaos propice à toutes les aventures politiques. «?Nous pensons que nous devons aujourd’hui imposer un agenda à Macky Sall parce que le rapport de force nous le permet?», a sobrement résumé l’opposant. Et «?l’agenda?» d’Ousmane Sonko est clair?: obtenir le respect de la Constitution en empêchant Macky Sall de se présenter à un troisième mandat et ancrer l’idée que ses ennuis judiciaires relèvent d’un complot ourdi par la présidence pour achever le nettoyage par le vide de l’opposition. Pour espérer sortir de cette séquence calamiteuse, le chef de l’État, qui a évoqué lors de son intervention télévisée le «?vivre ensemble?» et sa «?main tendue?», va devoir répondre à une colère populaire dont Ousmane Sonko s’est révélé être un efficace catalyseur, et qui tire ses racines d’une profonde crise sociale aggravée par la pandémie sanitaire. «?Je comprends vos inquiétudes et vos préoccupations?», s’est soudain rappelé Macky Sall, en promettant de réorienter des moyens financiers en direction des jeunes, cette cible électorale que lui a durablement confisquée Ousmane Sonko

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