Reconstruire la Syrie après dix ans de guerre : des défis colossaux et des luttes d’influence

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    Aude Lasjaunias

    LEMONDE

    Dix ans de guerre en Syrie | Après une série de victoires militaires ces dernières années, l’Etat syrien a repris le contrôle de plus de 70 % du pays. Mais la reconstruction semble dans l’impasse.

    Une décénnie de guerre civile a poussé sur les routes plus de la moitié de la population de la Syrie : outre les quelque 5,6 millions de personnes qui ont quitté le pays, le dernier bilan des Nations unies faisait état de 6,2 millions de déplacés internes.

    Après une série de victoires militaires ces dernières années l’Etat syrien a repris le contrôle de plus de 70 % du territoire, reléguant les lignes de front à des zones plus restreintes du pays. Environ 2,9 millions de personnes vivent dans la région d’Idlib, la dernière zone encore aux mains de la rébellion contre le régime Assad – notamment le groupe islamiste radical Hayat Tahrir Al-Cham – dans le Nord-Ouest ; quelque 2,6 millions dans les territoires administrés par les forces kurdes, dans le Nord-Est et l’Est ; et environ 1,3 million sont dans des poches de territoires dans le Nord frontalier de la Turquie, sous le contrôle des forces turques et de leurs supplétifs syriens. Lire aussi le récit : La Ghouta orientale, tombeau de la révolution syrienne

    Entre début 2016 et fin 2020, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) n’a recensé que 267 170 retour de réfugiés des pays voisins. Une dynamique en augmentation au fil des ans, mais qui s’est enrayée en 2020, en raison de la crise sanitaire mondiale due à la pandémie de Covid-19. Sur l’ensemble de l’année 2020, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) a enregistré quant à lui 448 000 retours de déplacés internes, pour 1 822 000 départs sur la même période.

    Car dix ans de guerre ont laissé des traces et de nombreuses villes en portent les stigmates : un tiers desinfrastructures du pays ont été détruites par les violences et les adductions d’eau ainsi que les installations électriques de plusieurs localités ont été ravagées… Quelque 70 % des sous-stations du réseau électrique et de leur réseau d’approvisionnement en carburant sont hors-service, affirmait le ministère de l’énergie syrien en 2019. Selon un rapport de la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale (Cesao) et du Centre d’études syriennes (CSS) de l’université de St Andrews, en 2019, 15,5 millions de personnes n’avaient ainsi pas accès à des sources d’eau potable en Syrie. Seulement 13 % de la population d’Idlib, le dernier bastion de la rébellion, avait accès à l’eau courante et 16 % à Alep, désormais sous la coupe du régime mais dont la partie est fut l’un des fiefs de l’opposition.

    Fonds instrumentalisés

    Les études récentes manquent, mais, en 2018, une école sur trois était encore endommagée et moins de la moitié des hôpitaux, cliniques et dispensaires étaient en état de fonctionner, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies. En 2017, la Banque mondiale estimait que 7 % du parc immobilier avait été détruit et 20 % détérioré. « La plupart des dégâts ont touché les habitations. (…) Vous pouvez clairement observer des familles qui reviennent dans la ville et vivent dans des maisons semi-endommagées qu’elles essaient de réhabiliter autant que possible par leurs propres moyens », expliquait, en mars 2019, un ancien habitant de Hama (au nord de la capitale, Damas, sous contrôle du régime), interrogé dans le cadre d’une étude de l’Institut des Nations unies pour la formation et la recherche (Unitar) sur l’ampleur des dégâts matériels dans seize villes.

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