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Activité génératrice de revenus pour des milliers de femmes : la transformation de produits halieutiques en déclin

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Débarcadère de Yarakh, mercredi 21 décembre, peu après 17 heures, n’est pas très animé. Quelques femmes sont encore sur les lieux espérant l’arrivée de pêcheurs partis en mer. Les étals sont vides. Le lieu est salle. Une eau noirâtre s’échappe des multiples canalisations qui déversent sans traitement leurs déchets en mer. Aucun poisson n’est visible sur les lieux. Les quelques espèces que nous avons aperçues, ne dégagent aucune fraicheur. Elles sont petites, rougeâtres, des sardinelles qui n’aiguisent pas l’appétit. «Ce sont les déchets des usines que les femmes utilisent pour la transformation. Elles nous viennent du marché central au poisson de Pikine», informe Ndèye Yacine Dione, une Bajenou Gokh.

A Yarakh, on est plus au temps où le mois de décembre se vivait avec faste, grâce à l’activité lucrative qui n’est autre que la pêche et ses dérivés. «En pareille période, on sentait vraiment le bonne marche des affaires. La mer était poissonneuse. Les femmes s’en sortaient bien», dit Aminata Fall.

La transformation de produits halieutiques à Yarakh a perdu son lustre d’antan. Beaucoup de femmes ont abandonné le métier, pour se reconvertir dans la vente de produits saisonniers tels que les melons, les oranges et les légumes. «Ces dernières années, nous sommes fortement touchées par les changements climatiques. Les pêcheurs n’ont plus assez de captures. Les jeunes partent en immigration clandestine. Au temps, à quelques mètres du débarcadère, on sentait l’essor de la transformation. Les congélateurs des femmes étaient tous sur cet espace. Les pirogues accostaient partout. On n’avait pas de problèmes pour trouver du poisson. Vu que la pêche n’est plus rentable, la charge familiale revient à la femme qui se trouve dans l’obligation de trouver de quoi nourrir sa progéniture. En conséquence, certaines se reconvertissent dans la vente de fruits et légumes.» Le constat est d’Aminata Fall.

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La baisse de revenus fait que, parfois, la prise en charge sanitaire des femmes et de leurs enfants pose problème. «Je suis agent du Service social du Centre de sante de Hann sur Mer. Je sais que certaines femmes n’arrivent même pas à se payer le ticket d’une consultation», s’indigne Aminata Fall.

UN METIER QUI COMMENCE A ECHAPPER AUX FEMMES, PARCE QU’ENVAHI PAR DES HOMMES RESSORTISSANTS DE LA SOUS-REGION

La rareté du poisson, la pauvreté grandissante dans les ménages dont les époux sont des pêcheurs font que la transformation de produits halieutiques commence à échapper aux femmes. En effet, le métier est envahi par des hommes venus de la sous-région. En plus d’être dans la transformation, ils ont réussi à avoir le monopole du commerce et la revente dans les débarcadères.

Le procédé consiste à donner les produits aux femmes, mais c’est à crédit et avec un intérêt. Souvent, les femmes ne s’en sortent pas. «Il y a aussi une spéculation sur le poisson qui ne favorise pas la rentabilité du commerce. A l’arrivée d’une pirogue, ceux qui ont de l’argent achètent les poissons qu’ils revendent aux femmes. Ainsi, elles subissent le diktat de ces financiers occasionnels», fustige Ndèye Yacine Dione.

Les prêts bancaires ne sont pas aussi une meilleure solution. Avec l’obligation de faire bouillir la marmite, les femmes finissent par injecter tout leur financement dans l’achat de denrées alimentaires qui ne sont presque plus à la portée des petites bourses. «Terouwaan» qui consiste à aider au déparquement des pirogues n’est plus l’apanage de la gent féminine à Yarakh. «Les femmes assuraient la vente du poisson, une fois que les pirogues accostent. Les hommes ont désormais investi ce créneau»,  dit Aïssata, une dame qui a passé sa journée au débarcadère à l’attente des revenants de la pêche.

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La preuve de son affirmation est que cette pirogue aura accosté vers 18 heures et qu’aucune femme n’aura osé approcher. Les hommes, à la nage, se sont précipités pour l’intercepter à plusieurs mètres, dans l’océan. Le produit chargé dans des caisses, ils mettent tout dans une voiture frigorifique, sous le regard attristé des femmes, debout à quelques mètres.

LA FAUTE AUX ACCORDS DE PECHE ET AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES AVEC LE RECHAUFFEMENT DES OCEANS

Au Sénégal, il est en effet établi que le réchauffement des océans, dû aux changements climatiques, cause une diminution de la ressource halieutique. Les organisations de pêcheurs ont dénoncé, à plusieurs occasions, les accords de pêches avec les pays européens dont les navires ne peuvent se mesurer aux pirogues de la pêche artisanale. Face aux difficiles conditions des femmes et des enfants qui vivent dans les zones côtières, les organisations de femmes ont, lors de la récente Conférence des Etats parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements climatiques (Cop 27), de Sharm El-Sheikh en Égypte (du 6 au 20 novembre 2022), plaidé pour la prise en compte des spécificités féminines dans la lutte contre les changements climatiques.

Le Réseau de développement et de communication des femmes africaines (Femnet), un réseau panafricain féministe basé à Nairobi, au Kenya, qui regroupe des membres venus de plusieurs pays dont le Sénégal, a fait le plaidoyer pour une société où les femmes et les filles africaines s’épanouissent, dans la dignité et le bien-être.  Pour cette organisation panafricaine, la crise climatique continue de ravager la vie et les moyens de subsistance de millions de  personnes à travers le monde. En Afrique, les femmes et les filles, dans toute leur diversité, sont les plus touchées. Pourtant, leurs voix ne sont pas entendues, leurs réalités ignorées et leurs besoins non satisfaits.

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Fatou NDIAYE

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