PRODUCTION HYDROELECTRIQUE DE MANANTALI : L’enjeu majeur d’une répartition
Aussi la décision de céder 52% au Mali, 33% au Sénégal et 15% à la Mauritanie a-t-elle été établie pour garantir une distribution équitable de l’énergie produite, en tenant compte des besoins spécifiques et des capacités de consommation de chaque pays. Il faut rappeler que le Sénégal a une puissance de pointe qui représente plus de 1 000 MW, contre à peu près 400 MW pour le Mali et près de 200 MW pour la Mauritanie. Le quota de chaque pays est étalée sur l’année et chacun choisit de prendre selon ses besoins durant l’année, avec un arbitrage de la SEMAF.
Concernant Senelec, son parc de production est essentiellement thermique avec un peu moins de 30% d’énergie renouvelable qui n’est au demeurant disponible que dans la journée (intermittence) pour le solaire.
Esprit de solidarité
Pour la centrale de Félou (fleuve Sénégal, à 16 km au sud-est de Kayes) avec 60 MW, la clé de répartition est de 45% pour le Mali, 30% pour la Mauritanie et 25% pour le Sénégal, tandis que pour la centrale de Gouina (fleuve Sénégal au Mali, à 80 km au sud-est de Kayes), d’une puissance de 140 MW, la clé de répartition est de 33% pour la Mauritanie et le Sénégal et 34% pour le Mali. Pour Koukoutamba (294 mégawatts) situé de l’autre côté du fleuve Bafing, affluent du fleuve Sénégal, en république de Guinée, il a été décidé de céder 25% à chacun des quatre pays de l’OMVS dont la Guinée. In fine, en combinant les différents quotas pour les pays, sur les trois centrales, on obtient 45% pour le Mali, 30% pour le Sénégal et 25% pour la Mauritanie. Cette répartition fait suite d’abord à une étude globale sur la répartition des coûts et bénéfices réalisée par l’OMVS et qui tient compte de tous les projets et avantages associés à la ressource en eau. Les clés sont discutées par les Etats dans un esprit de solidarité. Aussi, si un pays ne paie pas ou consomme plus que sa part, cela déséquilibre le système et peut conduire à des tensions avec la SOGEM/SEMAF.
Il s’y ajoute que pour l’électricité, il est préférable qu’elle soit consommée le plus près possible des centrales pour réduire les pertes de transport ; c’est ce qui explique la plus grande part du Mali en plus du fait que les sites appartenaient au Mali qui a décidé de les mettre à la disposition de l’OMVS. Cependant, chaque pays y trouve son compte puisqu’il y a une péréquation globale qui ne considère pas que l’énergie. Il y a d’autres avantages comme le partage d’expériences, l’établissement de relations humaines, le soutien mutuel, avantages importants qu’on ne peut pas quantifier.
Par ailleurs, les clés de répartition influencent les flux transfrontaliers dans le réseau OMVS et leur intégration au WAPP (marché régional de l’électricité). Une clé mal respectée ou contestée compliquerait la gestion des échanges sur le réseau sous-régional.
Malick NDAW
